Béatrice How est en octobre 1865 dans le Devon, au sud de l’Angleterre. Elle perd ses parents alors qu’elle était encore jeune. Cette série de tragédies familiales laisse une empreinte indélébile sur Béatrice How, éveillant en elle un vif intérêt pour la représentation du monde de l’enfance. En 1893, elle pose ses valises à Paris et continue son apprentissage à l’Académie Delécluse, située dans le quartier de Montmartre. Fondée par Auguste Delécluse (1855-1926), cette institution accorde une place prépondérante aux femmes et devient très prisée par les artistes étrangères, telles qu’Hilda Rix Nicholas (1884-1961), qui y fait un séjour.

Le peintre aquarelliste Lucien Simon (1861-1945) lui apporte également son soutien et ses encouragements. En 1902, grâce à lui, elle fait ses débuts au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts avec Un intérieur.

Au Salon des Beaux-Arts de 1903, la presse remarque son style : « Une petite toile peut passer inaperçue, là où elle se trouve, celle de Béatrice How qu’elle dénomme : Le repas, repas où semblent se complaire également deux personnes bien différentes, une pauvre vieille femme qui déguste avec bonheur son café, pendant que, sur ses genoux, un tout petit poupon suce béatement son biberon. Ce ne sont que deux figures, mais traitées avec le plus charmant humour et dans la seule manière, un peu imprécise, qui pût leur donner l’aspect vrai d’une scène entrevue, et c’est ainsi fort amusant et singulièrement expressif ». En juin 1910, elle devient sociétaire de la Société nationale des Beaux-Arts où, durant près de trente années, elle expose cent quarante-sept œuvres.

En janvier 1911, Béatrice How participe à son premier rassemblement de femmes artistes, lors de la cinquième exposition des Quelques, qui a lieu à la galerie des Artistes modernes, rue Caumartin à Paris. Elle y expose aux côtés de son amie Marie Cazin (1844-1924) « dont l’Enfant aux hortensias est une page harmonieusement délicate » et de l’Américaine Elizabeth Nourse (1859-1938). L’artiste possède un « sens coloriste qui s’affirme en des ouvrages qui plairont au grand public ». Sa représentation de l’enfant, qui semble dormir paisiblement, profitant du réconfort que lui procure sa mère, est toujours appréciée. Béatrice How récidive dans ce groupe de femmes artistes en janvier 1912 à la galerie Brunner, rue Royale à Paris. S’étendant sur une période de deux jours, l’événement conserve une modestie apparente, revêtant une dimension commerciale, « face à la redoutable exposition des Femmes Peintres et Sculpteurs » animée par Virginie Demont-Breton.

En 1920, elle participe à l’exposition Enfance aux Galeries d’Art Manuel frères, « rassemblant les meilleurs noms de la peinture française ». L’année suivant, elle trouve naturellement sa place dans la grande Exposition de la Maternité et de l’Enfance, étant la seule femme présente, aux côtés de Maurice Denis (1870-1943), d’Edouard Vuillard (1868-1940) et d’autres peintres tout aussi modernes et réputés. La presse l’associe aux grands représentants du genre : « Eugène Carrière peint depuis 1890 avec éloquence et sensibilité les Maternités. Nous avons foule de beaux peintres de l’enfance, des femmes comme Virginie Demont-Breton, d’autres comme Marie Cassatt, ou Béatrice How à qui la nursery a fourni quantité de chefs-d’œuvre. A des hommes tels que Victor Dupont, Albert Besnard et Maurice Denis, nous devons aussi des maternités admirables ». A sa mort, Béatrice How s’inscrit parmi les grandes artistes féminines de son époque.

Pendant sa formation parisienne, Béatrice How a aussi retrouvé de nombreux compatriotes anglo-saxons qui logeaient, comme elle, rue Notre-Dame-des-Champs. Certains d’entre eux connaissent Etaples, y peignent parfois, et l’invitent à les rejoindre. C’est ainsi que Béatrice How arrive sur la Côte d’Opale durant l’été 1904. Elle s’installe dans un cottage au Trépied, qu’elle occupe chaque année pendant la belle saison, y côtoyant les artistes de la Colonie d’Etaples. Elle apprécie l’endroit, calme, authentique et pittoresque car elle « est fort timide et redoute les stations envahies par les baigneurs ».

Pendant dix ans, l’artiste produit des portraits d’enfants choyés par leur mère, à partir de photographies tirées dans son studio. A Etaples, les familles nombreuses de marins lui procurent moult sujets faciles à croquer, qu’elle retouche en atelier, au fusain et au pastel. Elle aime aussi produire des vues de son intérieur, rustique mais élégant, de sa cheminée qu’elle apprécie à l’automne, mais toujours animées par de jeunes paysannes de l’arrière-pays étaplois qui viennent poser pour elle. Elle s’essaie à la peinture à l’huile et élargit sa palette, adoptant les bruns et les ocres.

Lors de la Première Guerre mondiale, Béatrice How demeure dans le Boulonnais, contrairement à la majorité des artistes étrangers qui regagnent leur patrie, ou qui aident leurs compatriotes à Paris à l’instar d’Elizabeth Nourse. Un grand campement de 100.000 soldats anglo-saxons s’installe à Etaples, quand un vaste hôpital est monté conjointement à Camiers. Comme Isobel Rae (1860-1940), Béatrice How s’engage concrètement dans le conflit. Jusqu’en 1916, elle travaille pour la Red Cross Nurse en étant VAD (Voluntary Aid Detachment). L’artiste pose souvent ses pinceaux pour s’occuper des nouveau-nés et des petits enfants malades. Elle esquisse quelques portraits de soignantes au chevet de jeunes bambins, capturant avec intensité la douceur féminine qui s’en dégage. L’ensemble de ces œuvres de guerre est présenté en 1915 au musée du Luxembourg, lors d’une rétrospective d’artistes des pays Alliés, au côté notamment de Rupert Bunny (1864-1947). Plus tard, au Salon des Beaux-Arts de 1920, son Infirmière tenant son bébé est saluée par la critique, témoignage de cette période dramatique.

Comparée à l’éminente artiste américaine Mary Cassatt (1844-1926), consacrée parmi les 200 artistes les plus remarquables de l’histoire de l’art, Béatrice How ne bénéficie plus de nos jours de la même reconnaissance. Tout au long de sa vie, elle demeure une femme discrète et solitaire, dévouée à saisir avec délicatesse les moments de l’enfance. Portraitiste subtile, elle se distingue des artistes revendicatrices et extravagantes des Années Folles, incarnées par Tamara de Lempicka, icône de l’émancipation féminine. Béatrice How peint l’enfance paisible, parfois espiègle. Seuls ses rares nus dégagent peut-être l’atmosphère sulfureuse de cette époque.

Ses œuvres sont conservées notamment au musée du Luxembourg et au musée d’Orsay, au musée des Beaux-Arts de Lyon, au Philadelphia Museum of Art aux États-Unis et au Victoria and Albert Museum au Royaume-Uni.

Auteur : Yann Gobert-Sergent