Alexandre Nozal (1852-1929) – entre naturalisme et impressionnisme sur la Côte d’Opale

Alexandre Victor Nozal naît le 7 août 1852 à Auteuil (aujourd’hui intégré à Paris) dans une famille de négociants en bois et charbon. Très tôt attiré par le dessin, il entre en 1869 dans l’atelier d’Évariste Luminais, peintre d’histoire et de paysage. Luminais lui transmet un goût profond pour l’observation directe de la nature, tandis que les peintres de l’école de Barbizon – Corot, Dupré ou Harpignies – orientent durablement sa sensibilité artistique.

Dès ses débuts, Nozal choisit presque exclusivement le paysage. Il expose pour la première fois au Salon des Artistes Français en 1876 avec Étang de la Brenne. Les récompenses arrivent rapidement :

  • Mention honorable (1881) ;
  • Médaille de 3e classe (1882) ;
  • Médaille de 2e classe (1883) ;
  • Médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1900 ;
  • Chevalier de la Légion d’honneur en 1895.

Son œuvre se situe à la frontière entre le naturalisme et un impressionnisme personnel. Il ne cherche pas la dissolution totale des formes comme Monet, mais préfère traduire la vibration lumineuse grâce à une touche rapide, souvent au pastel, médium dont il devient l’un des meilleurs spécialistes français.

Alexandre Nozal parcourt toute la France : la vallée de la Seine, la Brenne, la Bretagne, La Normandie, la Camargue, les Alpes, la Corse et le Nord de la France. Contrairement à de nombreux peintres qui restent attachés à une seule région, Nozal recherche constamment de nouveaux effets atmosphériques. Ses nombreux carnets de croquis, aujourd’hui conservés en partie au Petit Palais, montrent qu’il travaille presque toujours sur le motif, avant de reprendre certaines compositions à l’huile dans son atelier.

Parmi tous ses voyages, la Côte d’Opale occupe une place essentielle. Il découvre Berck principalement lorsque son fils Louis vient y être soigné. Comme beaucoup de familles à la fin du XIXe siècle, les Nozal fréquentent la station réputée pour ses établissements médicaux destinés aux enfants tuberculeux. Mais très vite, le peintre dépasse la seule station balnéaire, explorant Berck, la baie d’Authie, Etaples, Montreuil-sur-mer et Le Touquet.

Ce qui attire Nozal n’est pas la vie mondaine de Berck mais son paysage. Il s’intéresse particulièrement aux immenses marées basses et aux reflets de l’eau. Contrairement à Ludovic-Napoléon Lepic ou Eugène Boudin, Nozal peint rarement l’animation touristique Cette approche rapproche davantage Nozal des recherches impressionnistes sur la lumière que du réalisme social de l’École de Berck.

Lorsque Nozal peint Étaples, la ville est déjà un immense foyer artistique international. Autour de lui travaillent notamment Eugène Chigot, Henri Le Sidaner, William Lee Hankey et Jules Adler. A Étaples, Nozal préfère une approche beaucoup plus silencieuse. La présence humaine y devient secondaire. Le véritable sujet reste toujours la lumière. Cette vision très personnelle explique pourquoi Nozal reste en marge de l’École d’Étaples tout en partageant les mêmes paysages.

Alexandre Nozal est avant tout un dessinateur. Il réalise des centaines de croquis, aquarelles et pastels. Son favori, le pastel, lui permet une exécution rapide, des couleurs extrêmement lumineuses, des effets atmosphériques impossibles à obtenir avec une huile classique.

Plusieurs œuvres illustrent cette période :

  • Les dunes de Berck
  • La baie d’Authie
  • Barques de pêche à Berck
  • Marée basse à Berck
  • Étaples, bords de Canche
  • Montreuil-sur-Mer
  • Le Touquet-Paris-Plage
  • Les étangs de la baie d’Authie

Après sa mort à Paris le 4 février 1929, Alexandre Nozal tombe progressivement dans un relatif oubli. Depuis une vingtaine d’années, plusieurs expositions et travaux scientifiques, notamment ceux du Petit Palais, ont largement contribué à redécouvrir son œuvre. Le don de ses carnets de dessins au Petit Palais a permis de mieux comprendre sa méthode de travail et de mesurer l’importance de ses voyages dans la construction de son art.

Pour l’histoire de la Côte d’Opale, Alexandre Nozal apparaît aujourd’hui comme l’un des meilleurs interprètes des paysages de Berck, de la baie d’Authie et des environs d’Étaples. Sans appartenir au noyau de l’École d’Étaples, il en partage les paysages tout en proposant une lecture plus atmosphérique et poétique, centrée sur les jeux de lumière et la profondeur des horizons. Cette singularité fait de lui un maillon important entre le naturalisme de la fin du XIXᵉ siècle et les recherches impressionnistes sur la couleur et la lumière.

Ces tableaux sont aujourd’hui dispersés entre collections publiques et privées, et apparaissent régulièrement sur le marché de l’art. Plusieurs sont reproduits dans les ouvrages consacrés aux peintres de Berck et de la Côte d’Opale.

Auteur : Yann Gobert-Sergent