Eanger Irving Couse (1866-1936) – peintre et photographe de la Côte d’Opale

Eanger Irving Couse naît le 3 septembre 1866 à Saginaw, dans le Michigan, au sein d’une famille d’agriculteurs . Son nom de famille se prononce à l’américaine, rimant avec « house ». Dès son enfance, il côtoie les membres de la tribu Chippewa installés à proximité, une proximité qui éveille en lui un intérêt précoce pour les cultures amérindiennes et nourrit son ambition de les peindre. À 16 ans, il quitte l’école traditionnelle pour entamer des études artistiques, d’abord à l’Art Institute of Chicago (1882), puis à la National Academy of Design de New York (1883-1885) . Ses professeurs remarquent rapidement son talent : il y remporte la médaille d’argent Eliot (1884) et la médaille de bronze Suydam (1885) .

En 1886, Couse traverse l’Atlantique pour parfaire sa formation à Paris. Il intègre l’Académie Julian, où il étudie sous la direction des maîtres William Bouguereau et Tony Robert-Fleury, avant de fréquenter l’École des Beaux-Arts. Il apprend rapidement le français et se distingue par ses résultats. À l’automne 1887, des amis communs lui présentent Virginia Walker, une jeune Américaine venue de l’État de Washington pour étudier l’illustration à Paris . Une idylle naît, et ils se marient dans la capitale française en 1889.

Souhaitant présenter une grande toile amérindienne au Salon de Paris, Couse est encouragé par Virginia à séjourner dans le ranch de sa famille, dans l’État de Washington, où il pourra trouver des modèles. C’est là qu’il réalise The Captive (1891), sa première œuvre majeure sur un sujet amérindien, s’inspirant d’un épisode lié au massacre Whitman de 1847. Le tableau, qui utilise sa femme et un Indien Klikitat comme modèles, est exposé au Salon de Paris en 1892 et se trouve aujourd’hui au Phoenix Art Museum.

De retour en France, le couple s’installe en 1893 à Étaples, un petit village de pêcheurs sur la Côte d’Opale qui abrite alors une importante Colonie artistique internationale importante. Ils y restent trois ans, période durant laquelle naît leur fils Kibbey .

C’est à Étaples que Couse développe une pratique qui deviendra centrale dans son processus créatif d’artiste : l’usage systématique de la photographie. Il arpente le port, photographiant les pêcheurs et leurs familles, capturant des impressions, des sentiments, des moments d’intimité qu’il fige sur la plaque de verre . Ces clichés lui servent ensuite de matrice compositionnelle : il sélectionne les silhouettes, les recompose en atelier et les redistribue sur la toile selon une logique picturale savante . Ce double corpus, photographique et pictural, constitue aujourd’hui un témoignage ethnographique précieux sur les communautés maritimes de la fin du XIXe siècle.

Parmi les œuvres de cette période, Sunset, Etaples (ou Scène côtière, Étaples) représente une mère entourée de ses enfants contemplant le coucher de soleil, avec des couleurs chaudes et un ciel vaporeux mettant en valeur les bateaux de pêche . Couse peint également des scènes pastorales, comme Berger et son troupeau.

La carrière de Couse est jalonnée de distinctions prestigieuses :

  • Prix Hallgarten de la National Academy of Design (1900 et 1902) 
  • Prix Carnegie (1912-1913) 
  • Prix Altman (1916) 
  • Médaille d’argent à l’Exposition universelle de San Francisco (1915) 
  • Prix Lippincott de la Pennsylvania Academy of the Fine Arts (1921) 

Il est élu membre associé de la National Academy of Design en 1903, puis membre à part entière en 1911 . Son tableau Elk-Foot of the Taos Tribe (1909), considéré comme son chef-d’œuvre, est acquis par le collectionneur William T. Evans pour la collection nationale américaine et se trouve aujourd’hui au Smithsonian American Art Museum.

En 1896, Couse regagne les États-Unis et expose ses travaux étaplois à New York . Après un nouveau voyage en Europe en 1900 (Angleterre, Belgique, Hollande, et un bref retour à Étaples), il s’établit avec sa famille à New York en 1898, tout en passant les étés loin de la ville pour peindre.

Parmi ses autres œuvres notables figurent The Forest Camp (Brooklyn Museum), The Pottery MakerTaos Pueblo – Moonlight (New Mexico Museum of Art), et une série de calendriers pour la compagnie ferroviaire Atchison, Topeka and Santa Fe Railway entre 1922 et 1934. Il réalise également en 1923 un cycle de fresques sur le thème amérindien pour le capitole de l’État du Missouri.

Auteur : Yann Gobert-Sergent